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©Marianne Casamance/Wikimedia Commons

 « Le sel, était récupéré sur de grands fours à ciel ouvert»

L’exploitation du sel s’est poursuivie à l’âge de Bronze et du Fer (-2200 à -52). Pendant que les métallurgies du bronze et du fer débutaient, la production de sel se développait, et son utilisation s’étendait dans divers domaines : alimentation, mais aussi médecine et religion. Le sel est, ainsi, devenu un objet de culte et est à l’origine de plusieurs légendes.

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Entretien avec Gilles Prilaux, ingénieur de recherche à l’Institut National de Recherches Archéologiques Préventives (INRAP) et spécialiste de la production du sel en Gaule du Nord.

 

Comment les techniques de production du sel se sont développées à l’âge du Bronze et du Fer ?
Lors de l’âge du Bronze et du Fer, dans certains secteurs ensoleillés, on utilisait des techniques produisant du sel, dans les marais salants, par évaporation solaire de l’eau. Dans nos contrées (la partie nord de France et sur la façade atlantique) les hommes protohistoriques utilisaient une saumure provenant de la mer, une préparation liquide saturée à 300 grammes de sel par litre minimum. Le processus de transformation de l’eau de mer en saumure n’est pas connu. Mais nous savons que le sel, était récupéré sur de grands fours à ciel ouvert, que l’on appelle plutôt des fourneaux : il s’agit de grandes « tables de travail » qui peuvent atteindre plusieurs mètres de long. Les plus grands exemples connus, dans la Somme, sont à Pont-Rémy où le fourneau s’étire sur 6 mètres de long et 1,80 mètre de large. Sur cette structure, on posait des branches de noisetier, qui s’entrecroisaient et étaient recouvertes d’argile pour former une grille en terre. D’après les preuves archéologiques que nous avons, une fois l’argile durcie et la grille séchée, un feu était allumé en-dessous et les godets (des pots en terre cuite) posés dessus, on y versait alors la saumure. Ainsi, au terme du processus d’évaporation et de cristallisation, on récupérait des pains de sel.

 

Comment le sel était-il utilisé ?
À cette époque, le sel était utilisé d’abord pour la survie de l’homme. Il sert, ensuite, pour conserver des aliments. Il faut savoir que les salaisons des gaulois étaient très prisées. Les salaisons des Morins (dans le secteur de Boulogne-Sur-Mer) étaient connues à travers tout l’Empire et dans toutes les contrées de Rome. Il y avait donc une vraie spécialité de salaison dans nos régions, que ce soit pour la conservation de la viande, du poisson, du fromage… car à l’époque on ne connaît pas d’autres moyens de conserver les aliments, il n’y avait pas de congélateur (Rires). Ensuite, on utilisait le sel aussi pour assurer la bonne santé du cheptel : une vache et un cheval doivent en consommer entre 40 et 50 grammes par jour. Certains pensent, mais nous n’avons aucune trace archéologique, que le sel a servi à la domestication du bétail. On devient très vite « accroc » au sel, c’est donc un bon moyen pour rendre les animaux dépendants. En outre, le sel a des applications en pharmacopée, dans le domaine médicinal. On sait que le sel était utilisé pour guérir les infections sur les pattes des animaux, soigner les infections cutanées chez l’homme… la liste est longue. Le sel est donc un élément très important en médecine, mais aussi dans la pratique de la religion. Notamment lors de la période gallo-romaine, le sel est utilisé pour divers rituels, car cet élément est un peu ambivalent. Il est à la fois bénéfique puisqu’il assure la survie de l’homme. Mais il a aussi un côté plus sombre, puisqu’ en cas de très grosses quantités de sel, on peut condamner des vies, mais aussi ravager des terres entières selon certaines légendes grecques, cela peut être extrêmement dangereux. On voit donc que la palette du sel est assez large.

 

Comment cela est-il devenu un symbole de richesse ?
Posséder du sel sur son territoire, pour son royaume, était important. Quand une civilisation voulait se développer, le sel était un élément central dans l’économie, comme dans le commerce et pas seulement au niveau d’un village, le Grand Peuple voulait prospérer. Par exemple, les peuples en Chine et en Égypte vivaient largement de l’usage du sel. Notamment du natron, solution extrêmement salée qui permettait de déshydrater les corps et de conserver la peau. C’est ainsi que les momies étaient embaumées.

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À suivre

Le sel étant devenue un symbole de richesse, des routes commerciales furent créées au fil des siècles. Voir notre prochain article.

 

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© Gilles Prilaux/INRAP