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L’hypertension artérielle est une maladie causant environ 7 millions de morts dans le monde par an. Plusieurs études ont montré la responsabilité du sel dans cette pathologie. Mais à quel degré ce minéral est-il impliqué ? Doit-on réduire drastiquement notre consommation de sel ?

« L’augmentation de la consommation de sel accroît le risque d’hypertension artérielle »

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Nous avons posé ces questions au Pr Jacques Blacher, cardiologue à l’Hôtel-Dieu de Paris (AP-HP) et Président de la Société Française d’Hypertension Artérielle (SFHTA).

 

 

 

En quoi le sel favorise-t-il l’hypertension artérielle ?
L’hypertension artérielle est la première maladie chronique en France et dans le monde. On considère qu’il y a, en France, entre 10 et 15 millions d’hypertendus et entre 1 milliard et 1,5 milliard dans le monde. Cette maladie est associée à toute une série de facteurs. Par exemple l’hypertension artérielle est de prévalence plus importante dans les zones industrialisées que dans les zones rurales. De plus, on s’est rendu compte qu’il y avait différents facteurs environnementaux : l’alimentation, le vieillissement, la sédentarité, la surcharge pondérale et l’obésité. Concernant les facteurs alimentaires, différents éléments sont associés au risque d’hypertension artérielle, le sel étant l’un des majeurs. Plus on consomme de sel, plus le risque d’être hypertendu est élevé.

Pensez-vous que le sel soit la principale cause d’hypertension en France ?
Non. Au niveau français, comme au niveau mondial, les deux principales causes de l’hypertension artérielle sont l’obésité et le vieillissement de la population. Le sel passe après ces deux facteurs.

Comment a-t-on démontré la responsabilité du sel dans l’HTA ?
En menant des centaines d’études, peut-être des milliers, toutes différentes. Il y a d’abord des enquêtes de comparaison de populations. On évalue la proportion d’hypertendus dans deux populations : une consommant beaucoup de sel et une autre qui en mange peu. La réalité est que dans les populations qui en consomment beaucoup, par exemple au Japon, le taux d’hypertendus est supérieur à celui des populations, comme certains pays ruraux d’Afrique, qui en consomment peu. Ensuite, nous avons des études au sein d’une même population : certains individus qui vont consommer beaucoup de sel et les individus qui vont en manger moins. Aujourd’hui, on considère que les individus qui consomment plus de sel ont un risque plus élevé d’être hypertendu que les autres. En outre, au niveau individuel, lorsqu’on augmente la quantité de sel consommé, on augmente sa pression artérielle. Donc, la causalité de la relation entre consommation de sel, augmentation de la pression artérielle et risques de maladies cardiovasculaires et rénales est absolument indiscutable en 2015 : l’augmentation de la consommation de sel accroît le risque d’hypertension artérielle.

L’OMS précise qu’il faut diminuer de 30% la consommation de sel dans les aliments d’ici 2025. Est-ce réalisable selon vous ?
Cela dépend des moyens que l’on se donne pour réaliser ses ambitions. Les pouvoirs publics doivent s’emparer du problème et imposer aux industriels de l’agroalimentaire, une réduction de la quantité de sel dans leurs produits. Mais cela est très compliqué car plus on met de sel, plus on peut mettre d’eau (moins chère qu’un aliment) et plus le produit aura une date de péremption éloignée. En outre, le sel est un exhausteur de goût, cela va permettre aux industriels de mettre des produits de moins bonne qualité gustative, donc moins coûteux. De plus, le sel donne soif, or ce sont ces mêmes industriels qui produisent également les sodas. Donc, réduire la consommation de sel, passe obligatoirement par une loi qui oblige les industriels à réduire cette quantité de sel dans leurs produits tout préparés qui amènent le plus de sel dans la consommation des français. Une restriction sodée serait également nécessaire dans le pain, les fastfoods, le fromage, les charcuteries…, mais pour cela il faut une réelle volonté politique.

Où en est la recherche aujourd’hui ?
Aujourd’hui, beaucoup d’épidémiologistes réfléchissent à l’intérêt qu’il y aurait à réduire le sel dans l’alimentation, au niveau collectif. Sur cette question, les scientifiques sont divisés, parce que si l’on réduit la consommation de sel chez tous les individus, cela va bénéficier à beaucoup mais pas à tous. Par exemple, les sujets avec un niveau de pression artérielle relativement faible : les personnes âgées avec un problème d’insuffisance rénale, les patients porteurs d’hypotension orthostatique… il n’est pas impossible qu’ils pâtissent d’une réduction de leur consommation de sel. Il n’y a donc pas de consensus sur l’impact de cette mesure de santé publique.

 

À suivre

Il y a 3 ans, un projet de recherche européen était lancé. Son but : améliorer la qualité des aliments en les rendant moins gras, moins salés et moins sucrés. Toutes les informations dans notre prochain et dernier article.